Maladie inflammatoire et obésité : faudrait-il personnaliser le choix du traitement en fonction du poids ?

source: Nathalie Barrès ;Résumé d’articles ;14 août 2018
À retenir 
Les résultats de cette méta-analyse suggèrent que l’obésité entraverait l’efficacité des anti-TNF, mais pas celle de l’abatacept et du tocilizumab. D’autres études, incluant des études prospectives de cohorte basées sur de larges populations sont cependant nécessaires avant d’envisager une stratégie thérapeutique personnalisée en fonction du poids chez les patients présentant des maladies inflammatoires.

Pourquoi est-ce important ?
Des études ont montré que les sujets obèses auraient plus de risque de développer une maladie inflammatoire, dont la polyarthrite rhumatoïde (PR), la maladie de Crohn, la sclérose en plaques, la spondylarthrite axiale, le psoriasis et l’arthrite psoriasique.
Par ailleurs, de plus en plus de données suggèrent que l’obésité pourrait impacter différemment l’efficacité des DMARDs biologiques (ou DMARDb) utilisés comme traitements des maladies inflammatoires (anti-TNF alpha, inhibiteur des récepteurs de l’interleukine-6 (IL-6), inhibiteur de la co-stimulation des cellules T). Ainsi, il était intéressant de clarifier l’impact de l’obésité sur l’efficacité de chacun des DMARDb pour offrir une meilleure prise en charge des patients par un traitement personnalisé.
Les auteurs de cette publication suggèrent que des critères pharmacocinétiques ou en lien avec la distribution des traitements dans les différents tissus, pourraient intervenir sur le maintien ou non de l’efficacité des DMARDb.

Méthodologie
Une revue de la littérature à partir de plusieurs bases de données (Medline, EMBASE, the Cochrane Database) a permis d’identifier des articles évaluant les DMARDs et l’obésité et de les inclure dans une méta-analyse.

Principaux résultats
Au total, 24 essais répondaient aux critères d’inclusion dont 10 portant sur la polyarthrite rhumatoïde, 4 sur la spondylarthrite ankylosante et la spondylarthrite axiale, 4 sur la maladie de Crohn, 4 sur le psoriasis et 2 sur l’arthrite psoriasique.
Globalement, pour l’ensemble des maladies évoquées, quatre types de DMARDb ont été suivis : anti-TNF, inhibiteur de la co-stimulation des lymphocytes T (abatacept) et inhibiteur des récepteurs de l’IL-6 (tocilizumab), anticorps anti-CD20 entraînant une déplétion des cellule B (rituximab).
Les essais incluaient entre 10,3 et 45,8% d’obèses et la proportion de femmes variait entre 30,6% et 91,2% selon l’étude et la pathologie considérée.

Les résultats de la méta-analyse montrent que les patients traités par anti-TNF alpha et obèses avaient plus de peine à atteindre une bonne réponse clinique ou la rémission que les sujets non-obèses (sujets souffrant de PR : pourcentage de bons répondeurs, OR 0,34 [0,18-0,64] et pourcentage de sujets en rémission OR 0,36 [0,21-0,59] ; atteinte d’un BASDAI 50% pour les sujets souffrant de spondylarthrite axiale 0R 0,41 [0,21-0,83]).
En revanche, aucune différence n’a été mise en évidence entre les obèses et les non-obèses pour les patients souffrant de PR et traités par abatacept (taux de bons répondeurs : OR 0,75 [0,42-1,36] et taux de rémission 0,84 [0,65-1,09]) ou par tocilizumab (taux de bons répondeurs : OR 1,08 [0,44-2,63], taux de rémission OR 0,91 [0,50-1,66]).
Pour les sujets atteints de la maladie de Crohn, de psoriasis et d’arthrite psoriasique, bien qu’il n’ait pas été possible d’évaluer les données des études à travers la méta-analyse, la plupart des essais montrait que les IMC les plus élevés étaient associés à une moindre réponse aux anti-TNF alpha.
Les données concernant le rituximab n’étaient pas suffisamment probantes pour être traitées dans la méta-analyse.

Principales limitations

  • De nombreuses études incluses étaient rétrospectives.
  • Faible taille d’échantillon pour les études portant sur le tocilizumab et le rituximab.
  • Utilisation de paramètres différents pour évaluer l’efficacité des traitements.

 

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