Quel est l’apport d’un contexte clinique pour le radiologue dans l’interprétation des imageries de sacro-iliaques ?

Par le Dr Jean-Guillaume Letarouilly (Hôpital Roger-Salengro – Lille).Article commenté :Diagnostic accuracy in axial spondyloarthritis: a systematic evaluation of the role of clinical information in the interpretation of sacroiliac joint imaging.Pohlner T, Deppe D, Ziegeler K et al.RMD Open. 2024 ; 10(2):e004044.

La recherche d’une sacro-iliite en imagerie est un élément important de la démarche diagnostique chez un patient suspect de spondyloarthrite axiale. Bien que plusieurs études montrent l’intérêt en général pour le diagnostic de mettre un contexte clinique sur la demande d’imagerie, il n’y a pas d’étude spécifique à la spondyloarthrite axiale.

Les auteurs de cette étude rétrospective ont utilisé les données de l’étude OptiRef dont l’objectif était d’évaluer l’intérêt un outil d’autoadressage en ligne pour dépister la spondyloarthrite axiale chez les patients atteints de lombalgies et de le comparer à un outil d’orientation établi par un médecin.

Les patients bénéficiaient de radiographies et d’IRM des sacro-iliiaques. Les imageries étaient analysées par 3 radiologues ostéoarticulaires, d’abord sans information clinique, puis avec information clinique. Ils étaient en aveugle du diagnostic de spondyloarthrite posé par un rhumatologue.

Les auteurs ont inclus 109 patients : 61 ayant un diagnostic de spondyloarthrite axiale confirmé et 48 patients atteints de lombalgies chronique sans diagnostic de spondyloarthrite axiale.

Le sex-ratio était équilibré (49,5% d’hommes) ; la moyenne d’âge de 36,4 ans et la durée moyenne d’évolution des lombalgies de 7,4 ans. L’horaire inflammatoire des lombalgies était présent chez 90,2% des patients atteints de spondyloarthrite axiale et chez 50% des autres patients.

Les performances des radiologues pour poser le diagnostic de sacro-iliite radiographique étaient meilleures avec l’apport du contexte clinique (Figure). La précision était de 70,3% sans contexte clinique et de 78,2% avec contexte clinique (p<0,008).

L’amélioration concernait surtout la spécificité et la valeur prédictive positive, passant respectivement de 93,5% à 100% et de 90,3% à 100%. La sensibilité passait de 50,9% à 60% et la valeur prédictive négative de 61,4% à 67,7%. La variabilité inter-radiologue s’améliorait passant de modérée (0,56) à importante (0,66) ainsi que leur confiance dans le diagnostic (de 5,2/10 à 6,0/10).

Ce n’était pas le cas pour le couple IRM-radiographie (Figure). Les performances des radiologues pour poser le diagnostic de sacro-iliite restaient stables : de 80,8% à 81,8%. Cependant, la spécificité et la valeur prédictive positive augmentait, passant respectivement de 90,2% à 97,6% et de 91,5% à 97,6%. Les autres variables restaient stables.

Cette étude confirme la pratique quotidienne et l’intérêt d’un dialogue entre le clinicien et le radiologue. Fournir un contexte clinique aide le radiologue pour poser le diagnostic de sacro-iliite radiographique. La stabilité des performances diagnostiques pour le couple radiographie-IRM s’explique par le plus grand nombre d’informations fournies par ces deux imageries (structurales, inflammatoires).